Arrêtez avec les « privilèges » !

2017-09-05T16:34:17+00:00 samedi 05 juillet 2014|

 

Je deviens dingue à force d’entendre, de la part de travailleurs, le terme de PRIVILÈGE appliqué à ceux, travailleurs comme eux, qui ont la chance (c’en est une) d’être dans une condition sociale un tout petit peu meilleure qu’eux. Comme les cheminots par exemple, qui bénéficient d’un STATUT objectivement meilleur que les CDI, et qui ont le COURAGE (car c’en est un) de se battre pour le défendre, avec quelques autres ACQUIS SOCIAUX que leurs anciens ont pu obtenir au cours des hoquets de l’histoire, héritage d’une période faste où les travailleurs avaient provisoirement compris qu’ensemble ils pouvaient bousculer un peu la règle du jeu.

Oui, il y a des différences importantes entre les salariés des ex-grands services publics, ceux des grands groupes industriels, et ceux des PME par exemple. Les premiers ont quelquefois encore la sécurité de l’emploi, et c’est énorme pour pouvoir se défendre. Les seconds sont assez nombreux pour pouvoir s’organiser et si nécessaire lutter, eux aussi, pour leurs droits ou leurs revendications. Les derniers n’ont souvent concrètement aucun des droits que le Code du Travail est censé leur accorder, même (et peut-être surtout) pas le droit de grève qui est pourtant dans notre Constitution (*). Je connais mon sujet : Mon activité professionnelle s’est exercée dans la 1ère catégorie, et se termine dans la 3ème !

Pour autant les uns sont-ils des privilégiés par rapport aux autres, en essayant de défendre des acquis qui devraient être à l’évidence le socle commun de tous ? Ou doivent-ils plutôt être des repères, des phares leur signifiant un message : « C’est possible pour moi, pour tous, puisque c’est possible pour eux« . C’est un nivellement par le bas que vous voulez ? Vous croyez que ça va vous aider à améliorer votre condition ? Si c’est le cas, faites-le savoir au MEDEF local ; vous y obtiendrez peut-être un emploi de « technicien de surface » dans leurs locaux !

Les PRIVILÈGES, les VRAIS, nos ancêtres qui ont mené la Révolution se sont battus pour les abolir. Au prix du sang et des larmes. Ils ne sont parvenu qu’à les affaiblir. Je conseille à tous les aigris et les jaloux de s’en prendre aux vrais PRIVILÈGES qui sont toujours ceux d’une classe sociale qui fait toujours la pluie et le beau temps dans notre monde, celle des « grands prédateurs », la grande bourgeoisie, la finance. Regardez attentivement ce qui se passe depuis le fin des « 30 glorieuses » : Les reculs sociaux, la précarisation du travail, la destruction des services publics, etc. La classe dominante, après avoir instrumentalisé la religion pour en faire « l’opium du peuple » que dénonçait Karl Marx au 19ème siècle, utilise maintenant un autre instrument, plus pernicieux peut-être, pour faire tenir tranquilles les classes laborieuses : l’addiction à la consommation de masse. Comment se battre quand on est pris à la gorge par l’emprunt pour la petite maison individuelle (dans le lotissement à côté de l’aéroport), ou le crédit à la consommation pour la cuisine intégrée, l’écran plat, …  ? ( … et qui, les uns comme les autres, tomberont en ruine quand on aura fini de payer les traites, comme ironisait Coluche .)

La seule activité économique qui se porte bien en France, c’est l’industrie du luxe. Croyez-vous que leur fonds de commerce s’adresse aux cheminots, aux enseignants ? Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! Et émancipez-vous !

—oOo—

(*) Pour ce qui concerne les PME, l’objectivité et l’honnêteté m’amènent à préciser que, parfois, les patrons n’y sont guère mieux lotis que les employés … encore qu’il ne faille rien exagérer, non plus. Mais au moins ils mouillent aussi la chemise, eux ; ils ne spéculent pas.

P-S : Tiens, j’en profite pour convier mes éventuels lecteurs/lectrices à aller au ciné, voir l’excellent dernier film de Ken Loach : Jimmy’s hall. Ça réveille un peu !

—oOo—

Laisser un commentaire