29 avril 2020

Quarante troisième jour depuis le début du confinement. 24000 morts recensés dans le pays. Depuis mars évidemment, nous sommes assommés par cette pandémie, passant de l’incrédulité initiale (mâtinée d’ironie ou de cynisme) à la sidération, puis d’alternances entre hystérie et résignation. Sans oublier bien sur une profonde colère contre une gestion calamiteuse de cette crise sanitaire dans notre pays par un gouvernement enchainant erreurs d’appréciation, mauvais choix, arrogance et mensonges éhontés à la population, sans oublier les stratégies infantiles, incohérences et contradictions, injonctions autoritaires et chantage aux plus démunis. Les médias TV, fidèles à eux-mêmes, ne parlent plus que de ça dans un repli hexagonal frileux et pitoyable, généralement dans un soutien servile au pouvoir politique. Et quid du reste du monde et des autres soubresauts et spasmes qui l’agitent, famines (selon la FAO, un enfant meurt de faim toutes les 6 secondes dans le monde), guerres (Syrie, Yemen, …), boats-peoples en Méditerranée, situation des réfugiés, incendie de Tchernobyl, tensions géo-politiques (avec quelques dangereux irresponsables étonnamment à la tête de puissants pays) ?

Pourtant, en constatant certains effets liés au confinement et au ralentissement drastique de l’activité économique qu’il engendre (tels que diminution très sensible de la pollution de l’air et des eaux de rivières, quiétude soudaine de la vie sauvage, …), certain(e)s se prennent à rêver que cette crise sanitaire puisse avoir au moins un effet bénéfique, celui de déclencher une réflexion collective salutaire sur une nouvelle organisation de la société, plus saine, plus égalitaire et solidaire, plus juste, plus responsable, plus respectueuse de l’environnement. En bref, plus durable.

On peut en effet constater ici ou là des réflexes nouveaux de solidarité, une reconnaissance massivement exprimée envers les travailleurs/euses de tous les secteurs indispensables à la survie en ces temps de crise : Personnels de santé bien sûr au premier chef, mais aussi tous ces autres métiers si peu considérés (et rémunérés) en « temps normal », des obscur(e)s et des sans-grades : Auxiliaires de vie, ASH, éboueurs, chauffeurs routiers et livreurs, etc. (pardon à toutes celles et ceux que je ne cite pas précisément ici).

Vu sur Facebook

On peut aussi constater des changements d’attitudes de consommation encourageants (pour ceux qui le peuvent) tels que recherche de produits alimentaires sains, de saison, et de qualité, avec prédilection affirmée pour les circuits courts (voire la vente directe des producteurs).

Alors on se prendrait à rêver d’une prise de conscience collective conduisant à une remise en cause du modèle économico-social actuel (le capitalisme ultralibéral) basé sur la seule logique de recherche effrénée du profit (quelles qu’en soient les conséquences humaines, écologiques, …), pour aller vers des stratégies responsables

  • de recentrage des moyens de production à proximité des lieux de consommation,
  • de limitation drastique des profits pour favoriser une authentique répartition des richesses,
  • de développement d’un réel universalisme, avec une vrai politique de protection des plus fragiles,
  • de réduction drastique de la consommation avec recentrage sur l’utile (voire l’indispensable), sur le durable (diminution des longs déplacements de loisirs et des transports internationaux de tourisme, …),
  • de réorganisation de l’agriculture (compris élevage) en exploitations à taille humaine, saines car débarrassées de l’usage des pesticides/herbicides et assurant le bien-être animal, rémunératrice et créatrice d’emplois.

On peut aussi rêver à la redécouverte de l’utilité et des vertus d’un « État providence » (celui qu’il était tellement branché de moquer il y a quelques mois à peine), des Services Publics et de leurs personnels (eux aussi tellement moqués et méprisés), des acquis sociaux que l’on doit au Conseil de la Résistance, entre autres …

Mais je me sens pour ma part peu porté par un tel enthousiasme. Car après six semaines de confinement, on doit aussi remarquer une perte de sang froid plus ou moins collective conduisant à un retour en force des égoïsmes : La population semble maintenant manifester une nouvelle soif de consommation, aussi puérile et irréfléchie qu’avant la crise (cf. Première réouverture d’un Mc Do, avec les 3km de queue, …). On constate les revendications de plus en plus nombreuses et pressantes des indépendants et PME (au demeurant légitimes d’un point de vue vital) pour un redémarrage immédiat des activités  quelles qu’elles soient et quelle qu’en soit la véritable urgence sociale (restauration, tourisme, …) au mépris des risques sanitaires liés à la pandémie toujours en cours. Parallèlement, cyniques exigences du patronat de mesures sociales dérogatoires à (ce qui reste du) Code du Travail telles que augmentation du temps de travail, limitation des congés, limitations des salaires. Les mesures effectivement prises par le gouvernement pour le soutien de l’économie ne laissant en rien présager d’un changement de paradigme.

Avec tous ces signaux, difficile de croire à une volonté largement majoritaire d’un changement de société. Je crains que les vieux démons ne reprennent rapidement le dessus : Cynisme et ambitions de profits démesurées des quelques uns disposant de tous les leviers, lâcheté moutonnière des autres, le plus grand nombre, pour abandonner l’idée de défendre leurs rêves de vie meilleure au profit d’un abrutissement dans la médiocre consommation de masse. Et toujours tant pis pour les perdants, sauf qu’à terme, nous serons tous perdants.

Mais malgré ce triste contexte, mon actualité à moi est d’abord autre. Ce 29 avril 2020, il y a juste un mois, un mois déjà, que mon ex-épouse est décédée. Après un long combat contre les suites d’une très grave opération, et qu’elle avait quasiment gagné. Un mois de cette absence insupportable, inadmissible. Dans la page « À propos / Contact » de mon site, j’avais pris la précaution de préciser qu’il n’était pas question d’y parler de ma vie privée. Prétention de l’époque ou incohérence d’aujourd’hui ? Ou n’y a t-il que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ? Chacun en jugera à sa guise … Cela m’importe, de toute façon, si peu.

NOS ABSENTS

par Grand Corps Malade

C’est pas vraiment des fantômes, mais leur absence est tellement forte,
Qu’elle crée en nous une présence qui nous rend faible, nous supporte.
C’est ceux qu’on a aimé qui créent un vide presque tangible,
Car l’amour qu’on leur donnait est orphelin, il cherche une cible.

Pour certains on le savait, on s’était préparé au pire,
Mais d’autres ont disparu d’un seul coup, sans prévenir.
On leur a pas dit au revoir, ils sont partis sans notre accord,
Car la mort a ses raisons que notre raison ignore.

Alors on s’est regroupé d’un réconfort utopiste.
À plusieurs on est plus fort mais on n’est pas moins triste.
C’est seul qu’on fait son deuil, car on est seul quand on ressent.
On apprivoise la douleur et la présence de nos absents.

Nos absents sont toujours là, à l’esprit et dans nos souvenirs.
Sur ce film de vacances, sur ces photos pleines de sourires.
Nos absents nous entourent et resteront à nos côtés,
Ils reprennent vie dans nos rêves, comme si de rien n’était.

On se rassure face à la souffrance qui nous serre le cou,
En se disant que là où ils sont, ils ont sûrement moins mal que nous.
Alors on marche, on rit, on chante, mais leur ombre demeure,
Dans un coin de nos cerveaux, dans un coin de notre bonheur.

Nous on a des projets, on dessine nos lendemains.
On décide du chemin, on regarde l’avenir entre nos mains.
Et au cœur de l’action, dans nos victoires ou nos enfers,
On imagine de temps en temps que nos absents nous voient faire.

Chaque vie est un miracle, mais le final est énervant.
J’ me suis bien renseigné, on n’en sortira pas vivant.
Faut apprendre à l’accepter pour essayer de vieillir heureux,
Mais chaque année nos absents sont un peu plus nombreux.

Chaque nouvelle disparition transforme nos cœurs en dentelle,
Mais le temps passe et les douleurs vives deviennent pastel,
Ce temps qui pour une fois est un véritable allié.
Chaque heure passée est une pommade, il en faudra des milliers.

Moi les morts, les disparus, je n’en parle pas beaucoup.
Alors j’écris sur eux, je titille les sujets tabous.
Ce grand mystère qui nous attend, notre ultime point commun à tous.
Qui fait qu’on court après la vie, sachant que la mort est à nos trousse.

C’est pas vraiment des fantômes, mais leur absence est tellement forte,
Qu’elle crée en nous une présence qui nous rend faible, nous supporte.
C’est ceux qu’on a aimé qui créent un vide presque infini,
Qu’ inspirent des textes premier degré, faut dire que la mort manque d’ironie.

Elle m’avait donné deux enfants, deux filles adorables.

Nous étions séparés depuis des années, mais nous avions conservé un lien fort, une vraie affection réciproque.

Elle venait de prendre sa retraite, et avec notre seconde fille, elle venait de s’installer à Montpellier, ville qu’elle avait tant désirée pour son animation, la douceur de son climat. Pas eu le temps d’en profiter. Elle avait 66 ans. Injustice de la vie.

Elle aimait la faïence d’art (son métier initial), la peinture. Elle revait de voyages, mais ses modestes moyens ne lui en ont permis qu’un.

Elle était la simplicité.

Comme moi, elle adorait Francis Cabrel, Bernard Lavilliers, …

Comme moi, elle était une fan absolue et inconditionnelle du groupe Dire Straits, puis (après la séparation du groupe) de son emblématique guitar hero Marc Knopfler, tout au long de la carrière solo de celui-ci.

C’est pourquoi je lui offre en forme d’hommage son titre préféré entre tous, Brothers in arms.

Les drames, on a reçu. Les espoirs, ce sera pour plus tard.